Les ateliers Tamayé au Mali

En 2014, A&SI – Luttopie et Boamani Africa ont souhaité développer leur projet de formation en se dotant d’un nouvel objectif : étendre leurs zones de formation en dispensant leurs cours en dehors de leurs frontières, dans un pays limitrophe.

En participant aux rencontres CREATE JOY, nous avons rencontré l’association BINKAD et, suite à un intérêt réciproque, nous nous sommes rapprochés.

Dans la continuité des actions menées par BINKAD à Kadiolo (http://www.binkad.org/), nous avons créé un partenariat unique en créant « Les Ateliers Tamayé chez BINKAD ».

C’est ainsi qu’après s’être tenus 4 ans à Ouagadougou (Burkina Faso), les formations « Ateliers Tamayé » se déroulent depuis novembre 2014 à Kadiolo (sud-est Mali) dans un des quartiers difficiles de la ville.

L’association A&SI – Luttopie met à disposition les professeurs des « Ateliers Tamayé » de Ouagadougou ainsi que son matériel pour assurer les cours à Kadiolo, afin que les jeunes maliens puissent eux aussi profiter de l’expérience de quatre années de réussite pour bénéficier d’un accompagnement de qualité.

Au total 14 jeunes ont bénéficié de la formation du 1er degré qui s’est déroulée en novembre 2014.

Lors du 1er degré de formation « Tamayé » les stagiaires passent par toutes les disciplines. Il s’agit d’une étape de découverte entre stagiaires et professeurs, une phase de sensibilisation à la pratique artistique. Il s’agit également d’un espace où les professeurs évaluent le niveau de chaque stagiaire afin de mieux diriger la formation.

 

La formation du 2ème degré s’est déroulée en février 2015.

Le 2ème degré accentue sur les acquis du 1er degré tout en commençant le travail de spécialisation des stagiaires.

Ce deuxième degré s’est soldé par un spectacle qui a eu lieu le 15 février au foyer des jeunes de Kadiolo, en présence d’une foule nombreuse et d’invités de marque (Le Président du Conseil de Cercle, les représentants du Préfet, du Commandant de la Brigade de Gendarmerie, du commissaire de Police, du Peloton de la Garde Nationale et autres…)

 

Découvrez  des témoignages d’élèves et d’enseignants ainsi que des images de ces deux degrés qui se sont déroulés au Mali, en visualisant le documentaire : Les ateliers TAMAYE chez BINKAD

Cette formation s’est achevée au Burkina où les jeunes maliens ont suivi le troisième degré.

Les photos de cette formation

Retrouvez un bilan de cette année de formation et des cinq ans d’existence des ateliers Tamayé au travers d’images et d’interviews dans le documentaire réalisé en mai 2015 par les stagiaires en audiovisuel (caméra/montage) des Ateliers Tamayé et Yaya TOURE.

Obstacles dépassés

Une des difficultés qu’a connue le projet Tamayé à KADIOLO a été le climat et l’environnement politique de ces derniers mois au Mali et au Burkina faso. Côté malien, la problématique des affrontements entre AQMI et l’armée malienne n’est pas résolue et beaucoup de réfugiés maliens ont par ailleurs émigrés au Burkina Faso témoignant du lien fort existant entre ces deux pays. Face à cette situation, optant pour la prudence, les activités de Binkad et notamment les partenariats « Afrique-Europe » ont étés ralentis, il a pu être difficile ces dernières années pour des ressortissants européens de se rendre au Mali. Côté burkinabé, le soulèvement populaire d’octobre 2014 a entravé le démarrage du projet. Le coordinateur et les formateurs burkinabé ont vécus une des étapes les plus importantes de l’histoire burkinabé depuis des décennies à savoir le renversement du président Compaoré. Outre l’inquiétude pour leur famille et le danger lié à la révolte, des problèmes pratiques ont pu se poser (accès aux banques, aux transports…) car l’activité du pays a été arrêtée durant plusieurs semaines. Une des volontés du partenariat Luttopie A&SI / Binkad a été de dynamiser le projet à Kadiolo au Mali grâce aux partenaires voisins du Burkina. C’était sans compter sur l’instabilité du Burkina Faso lors du mois d’octobre / novembre. Annoncé pour le 02 novembre c’est finalement le 08 novembre que le coup d’envoi du 1er degré a été lancé à Kadiolo ; ce retard a été causé par la fermeture des frontières du Burkina Faso à la suite du soulèvement populaire au Burkina. De plus, peu de temps avant les évènements politiques au Burkina Faso, le Mali a vu l’épidémie d’Ebola arriver soudainement et intensément. En effet, en l’espace de trois jours, deux foyers épidémiques se sont avérés avec, au total, huit citoyens maliens qui ont été dépistés positivement sur les villes de Kouremale, au niveau de la frontière guinéenne, et Bamako. Après une mauvaise préparation en amont de l’épidémie, le Mali a finalement oeuvré rapidement et efficacement face à cette maladie en plaçant sous surveillance plus de 400 personnes dans les entourages des patients. En date du 6 décembre, six des patients sont décédés de l’infection et les deux autres, testés négativement, ont été officiellement annoncés guéris. 42 jours plus tard, soit deux fois le temps d’incubation maximal pour contracter le virus, le gouvernement malien a pu annoncer officiellement, le 18 janvier 2015, la fin de l’épidémie sur son territoire. Cette propagation du virus sur le sol malien s’est faite quelques jours avant le début du premier degré de Kadiolo. Nous avons alors recherché les protocoles de contrôle sanitaire à effectuer si cette épidémie atteignait la région du cercle de Kadiolo afin de protéger, au maximum de nos capacités, les stagiaires et les formateurs de Tamayé. Nous avons ainsi étudié les manières d’appliquer les précautions sanitaires demandées par les hôpitaux parisiens pour le personnel de santé en cas de patient infecté par Ebola dans leurs locaux. Finalement, l’épidémie ne s’est pas propagée mais nous restons tout de même vigilent. Toutefois, les ateliers Tamayé à Kadiolo se sont mis en place et malgré les difficultés sanitaires et politiques, les stagiaires maliens ont pu bénéficier de 21 jours de formation de qualité. Toutes les mesures de sécurité nécessaires pour que le projet se déroule sans encombre ont été prises.

Luttopie A&SI et BINKAD sont du même avis : face à cette situation sanitaire et géopolitique difficile, plus que jamais la culture doit continuer à exister !